OpenAI veut lever 30 milliards avant l’IPO d’Anthropic, pour rafler les mêmes investisseurs
La bataille entre OpenAI et Anthropic se joue désormais sur un terrain où quelques milliards ne suffisent plus. OpenAI chercherait à lever environ 30 milliards de dollars avant l’entrée en Bourse attendue d’Anthropic, au risque de transformer une opération financière en course contre la montre pour capter les mêmes investisseurs.
OpenAI veut sécuriser des engagements avant l’IPO d’Anthropic
Selon des informations rapportées par Reuters, OpenAI accélérerait les discussions autour d’une nouvelle levée de fonds susceptible de valoriser l’entreprise à plus de 1 400 milliards de dollars. Le montant recherché atteindrait environ 30 milliards de dollars, un niveau qui placerait cette opération parmi les financements privés les plus importants jamais envisagés dans le secteur technologique.
La levée n’est toutefois pas finalisée. Les chiffres et le calendrier reposent sur des sources proches du dossier, et les discussions pourraient encore évoluer. Plusieurs investisseurs existants seraient néanmoins impliqués dans les échanges, dont SoftBank et MGX, le fonds d’investissement soutenu par les Émirats arabes unis. D’autres partenaires financiers déjà présents au capital d’OpenAI examineraient également une participation.
L’objectif serait d’obtenir des engagements avant l’introduction en Bourse d’Anthropic, attendue à la mi-novembre 2026. Cette échéance, encore non officielle, donne une dimension stratégique à la levée : OpenAI chercherait à verrouiller une partie des capitaux disponibles avant qu’ils ne soient mobilisés par son principal rival commercial.
Les mêmes fonds convoités par deux entreprises concurrentes
L’enjeu ne se limite pas à la taille du chèque. OpenAI et Anthropic ciblent une catégorie d’investisseurs capable de financer des entreprises technologiques déjà valorisées à plusieurs centaines de milliards de dollars, voire davantage. Ces fonds souverains, banques, gestionnaires d’actifs et investisseurs spécialisés dans les technologies avancées disposent de ressources considérables, mais leurs enveloppes ne sont pas illimitées.
Une introduction en Bourse d’Anthropic pourrait offrir à ces acteurs une occasion d’entrer ou de renforcer leur exposition à l’entreprise dans un cadre plus liquide et plus transparent. Pour OpenAI, attirer ces capitaux avant cette échéance permettrait de réduire le risque de voir les investisseurs arbitrer en faveur d’Anthropic, ou de différer leurs engagements dans l’attente des premiers échanges boursiers.
La rivalité se déplace ainsi du produit vers le financement. Les deux entreprises développent des modèles d’IA générative, vendent des services aux entreprises et cherchent à sécuriser les ressources nécessaires à l’entraînement de systèmes toujours plus coûteux. Leur concurrence porte aussi sur l’accès aux centres de données, aux processeurs spécialisés et aux contrats pluriannuels avec les grands fournisseurs de cloud.
Une valorisation qui dépend de dépenses hors norme
Une valorisation supérieure à 1 400 milliards de dollars ne repose pas uniquement sur les revenus actuels d’OpenAI. Elle intègre surtout des anticipations de croissance et la capacité de l’entreprise à financer ses besoins futurs en compute, c’est-à-dire en puissance de calcul.
L’entraînement et l’exploitation de modèles avancés exigent des investissements massifs en infrastructures. Chaque amélioration de la capacité des modèles entraîne des coûts supplémentaires liés aux processeurs, à l’électricité, au stockage et aux réseaux. Les investisseurs doivent donc estimer non seulement la croissance du chiffre d’affaires, mais aussi la vitesse à laquelle OpenAI pourra convertir cette demande en marges suffisantes.
Le financement recherché pourrait servir à soutenir cette expansion, à renforcer les infrastructures et à maintenir la position de l’entreprise face à Anthropic, Google, Microsoft et d’autres acteurs qui augmentent leurs propres dépenses dans l’IA. Il pourrait également consolider les partenariats industriels qui donnent à OpenAI accès à des capacités de calcul et à des canaux de distribution mondiaux.
Anthropic prépare son passage sur les marchés publics
L’introduction en Bourse d’Anthropic, si elle se concrétise à la date évoquée, constituerait un test majeur pour la valorisation des entreprises d’IA. Une opération de cette taille permettrait au marché de comparer plus directement les revenus, les pertes, les dépenses d’infrastructure et les perspectives de croissance des principaux laboratoires.
Anthropic bénéficie déjà du soutien de plusieurs investisseurs stratégiques, dont Amazon et Google. Cette structure de financement lui donne accès à des capitaux importants et à des ressources cloud, tout en renforçant sa crédibilité auprès des clients professionnels. Une cotation offrirait en outre une nouvelle source de financement pour poursuivre son développement.
Pour OpenAI, le calendrier est délicat. Une IPO d’Anthropic pourrait fournir une référence publique de valorisation et rendre les investisseurs plus exigeants sur les conditions d’une levée privée. Si l’action Anthropic progressait fortement, l’opération pourrait confirmer l’appétit du marché pour l’IA. À l’inverse, un accueil mitigé limiterait les valorisations consenties aux entreprises privées du secteur.
Dans les deux cas, OpenAI a intérêt à avancer avant que cette information de marché ne soit disponible. La levée envisagée fonctionnerait alors comme un pari anticipé sur la capacité de l’entreprise à conserver son avance commerciale et technologique.
Une course contre la montre, mais pas encore une victoire financière
L’accélération des discussions ne garantit pas la conclusion de la levée. Une opération de 30 milliards de dollars nécessite des audits, des négociations sur la valorisation, des accords entre actionnaires et une répartition précise des droits économiques et de gouvernance. À ce niveau, quelques points de valorisation représentent déjà des dizaines de milliards de dollars.
Les investisseurs devront aussi examiner la structure particulière d’OpenAI, son lien avec Microsoft, ses engagements en matière d’infrastructure et la trajectoire de ses coûts. Le financement d’un laboratoire d’IA ne ressemble pas à celui d’un éditeur logiciel traditionnel : les revenus peuvent progresser rapidement, mais les dépenses nécessaires pour servir davantage d’utilisateurs augmentent elles aussi.
Le prochain jalon sera donc la confirmation — ou l’abandon — des engagements évoqués par Reuters. Si OpenAI parvient à réunir les 30 milliards de dollars avant la mi-novembre 2026, l’entreprise disposera d’un important avantage financier au moment où Anthropic sollicitera les marchés publics. Si les discussions s’étirent ou débouchent sur un montant inférieur, l’IPO d’Anthropic pourrait devenir le premier véritable verdict du marché sur la valeur des deux géants de l’IA.